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CHRONIQUEURS / L'Agora
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau

Mercredi, 8 juillet 2020

Le grand déboulonnage…



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Après la pandémie, voici la nouvelle de l'été : la chasse aux statues et aux monuments est officiellement ouverte. Je vous propose un tout nouveau jeu-questionnaire ce matin. D'après vous, au cours de l'été : quelle rue, quelle institution, quelle station de métro, quel lieu public mérite d'être débaptisé pour cause de racisme, de sexisme ou je ne sais quoi. Mimant le mouvement social américain, le Québec semble vivre la frénésie du changement en cette période estivale. Vous aurez compris que je veux vous entretenir ce matin de ce mouvement qui souhaite faire disparaître la statue de Dollard Desormeaux au parc La Fontaine à Montréal pour cause d'agression envers des autochtones ou renommer la station de métro Lionel Groulx pour son passé nationaliste et antisémitisme non inclusif. La galère quoi. Réflexions sur nos symboles identitaires et prise de conscience de la différence entre mémoire et histoire.

Mémoire et histoire

D'entrée de jeu. Il faut définir les termes. La mémoire n'est pas l'histoire. Les monuments, les places, la toponymie ont moins avoir avec la connaissance de notre histoire, même si l'une n'est pas étrangère à l'autre. Depuis les travaux du sociologue français, Maurice Halbwachs sur les cadres sociaux de la mémoire, nous savons « que toute communauté organisée engendre une mémoire qui est la sienne propre. Ayant analysé, dans ses premiers travaux, différents types de groupe (le cercle familial, la classe sociale, la profession, l'institution), il a montré que leurs membres produisent, puis partagent un ensemble commun de souvenirs. [L'individu] serait capable, explique-t-il, à certains moments de se comporter simplement comme le membre d'un groupe qui contribue à évoquer et entretenir des souvenirs impersonnels, dans la mesure où ceux-ci intéressent le groupe. » (Maurice Halbwachs, La mémoire collective)

L'historien français Pierre Nora dans les lieux de mémoire a bien montré le lien entre histoire et mémoire dans la configuration des paysages mentaux et réels de la France contemporaine. Un autre historien français Maurice Agulhon a aussi fait la démonstration dans son étude sur les figures républicaines, dont Marianne, que de 1789 à nos jours, le symbole de ce buste de femme, coiffé du bonnet phrygien, n'a cessé d'évoluer au fil des régimes politiques successifs et selon l'évolution des mentalités de la société française. Selon Agulhon, Marianne a eu un rôle d'unificateur de la nation par une large diffusion de son symbole : statues dans les grandes villes, places publiques de villages, monnaies et timbres. Bref, il est facile d'être convaincu que les symboles, les statues, les monuments, les places publiques participent à la vie des idées d'une communauté. Il n'est pas rare comme le note le sociologue Frédérick Guillaume Dufour que l'histoire puisse être prise en otage des débats publics que ce soit par les pouvoirs publics ou encore par des groupes qui dénoncent l'hégémonie de ce pouvoir. Dans le contexte du développement d'une discipline historique liée à une forme de nationalisme ontologique et épistémologique, « l'autonomie de la discipline historique face aux exigences des pouvoirs publics est toujours à risque. Si l'histoire est fréquemment mobilisée par des organisations sociales nationalistes, elle peut aussi l'être par des acteurs et des organisations qui attribuent eux aussi des motivations nationalistes ou racistes à des actions des décisions ou des politiques, mais dans une perspective qui se veut antiraciste ou anticoloniale. » (Frédérick Guillaume Dufour, La sociologie du nationalisme. Relations, cognition, comparaisons et processus, Coll. : « Politeia », Québec, Presses de l'Université du Québec, 2019, p. 219)

Il existe toujours une tension entre la mémoire et l'histoire et ce dont on se souvient n'a pas toujours rapport avec ce qui a été.

Ce qu'en pensent les historiens...

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, l'historien Jean-Pierre Le Glaunec de l'Université de Sherbrooke explique que : «Le 19e siècle, c'est la période de création des États-nations que l'on connaît aujourd'hui. La nation, c'est une communauté imaginée, qui repose sur des lieux de mémoire. Elle a besoin d'un panthéon. Et c'est la raison pour laquelle on voit apparaître, au 19e siècle, au 20e siècle, toutes sortes de monuments, de bronze, de granit, qui participent de la construction des panthéons nécessaires à l'invention des États-nations modernes en Europe, aux États-Unis ou au Canada. »

Martin Pâquet, professeur d'histoire à L'Université Laval, affirme pour sa part à Jean-François Nadeau du journal Le Devoir que : Ce n'est pas tant à une remise en cause du passé que nous assistons, explique l'historien Martin Pâquet, de l'Université Laval, qu'à l'expression d'« une profonde contestation de l'autorité contemporaine et des rapports de force qui existent aujourd'hui. »

Portés par l'actualité, ceux qui entendent déboulonner des monuments contestent une mémoire constituée sur la domination et entendent en proposer une autre, laquelle reste souvent à définir. Au Tennessee, par exemple, il est question ces jours-ci de remplacer un monument érigé à la mémoire d'un personnage lié au mouvement suprémaciste blanc du KKK par une représentation de la chanteuse country Dolly Parton.

Cependant, la contestation, très souvent, n'est pas généralisée, observe Martin Pâquet. « Plusieurs citoyens se braquent contre le déboulonnage, car, en dépit du symbole que l'on déboulonne - qui peut encore être favorable à l'esclavagisme ? -, ce sont des références communes et quotidiennes qui sont contestées. » En d'autres termes, nous assistons en ce moment à un conflit de mémoires, « et non à une éradication de la mémoire ».

Enfin, dans une entrevue accordée à Alexis de Lancer dans le cadre de son balado Ça s'explique, le professeur d'histoire canadienne et coordonnateur d'un numéro spécial de la revue Arguments sur cette question fait remarquer que ce qu'il y a de significatifs du contexte actuel c'est que cette poussée de fièvre s'attaque aux symboles mis en place à la fin du 19e siècle liés aux symboles d'affirmation des identités nationales. Ce que nous vivons actuellement, poursuit-il, c'est que les symboles attaqués jouent le rôle de raccourcis symboliques pour les défenseurs de certaines causes. Ce qu'il raconte de plus marquant à mes yeux c'est que la mise en place ou le déboulonnage de statues nous en dit plus sur leurs auteurs que sur l'histoire qui est en cause.

Faire appel à l'histoire...

Qu'importe l'angle abordé, ce que nous devons convenir c'est que ce mouvement anti-mémoriel est une sorte d'instrumentalisation de l'histoire par des militants et s'il n'est pas inopportun de débattre de ce qui devrait apparaître dans nos espaces publics, la manière de le faire importe afin que le débat public ne soit pas confisqué par des minorisés agissantes. Il apparaît opportun de faire appel aux historiennes, aux historiens et au grand consensus de l'historiographie pour guider nos choix collectifs. Ce qui est dommage c'est que depuis une décennie l'histoire comme discipline est de plus en plus délaissée. En 1992-1993, année record pour les nouvelles inscriptions dans les programmes de premier cycle, 1210 étudiants entamaient un baccalauréat en histoire au Québec, contre 600 en 2017-2018, soit une baisse de moitié au chapitre du recrutement. Après des fléchissements et des remontées, les taux d'inscriptions déclinent de 39 % depuis 2011.

Ce qui est paradoxal c'est qu'au moment où on a le plus besoin de l'histoire, d'historiennes et d'historiens, les groupes militants cherchent à réécrire l'histoire à travers le prisme de leurs intérêts. Pour le Québec, cela pose l'enjeu particulier de l'existence même de la nation québécoise. Nous devons à la fois réinterroger nos symboles hérités du passé dans le cadre d'un débat public en s'appuyant sur la communauté historienne comme expert et nous prémunir contre la confiscation des enjeux du débat public par des minorités agissantes aux causes nobles, mais à l'esprit parfois embrumé. Il faut dire non au grand déboulonnage...


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